25 juillet 2022

Gray (Haute-Saône) : l’organiste vend les tuyaux de l’orgue à un ferblantier…


L’histoire de l’orgue et des organistes de l’église Notre-Dame de Gray (Haute-Saône) est bien connue, depuis la construction par Valentin, la reconstruction par Riepp, et plus tard, les travaux des Callinet puis  de Jacquot au xixe siècle, enfin la reconstruction de l’orgue Callinet  par Jean-François Muno :
- Jacques Gardien, L’orgue et les organistes en Bourgogne et en Franche-Comté au dix-huitième siècle, Paris, Librairie E. Droz, 1943.

- Pierre Marie Guéritey, Karl Joseph Riepp et l’orgue de Dole, (thèse de doctorat en musicologie soutenue devant l’université Lyon II, dir. Daniel Paquette, 15 juin 1985, Bron, impr. Ferréol, 1985, 2 vol., 649 p., ill., planches).

- Pierre Marie Guéritey « La Haute-Saône, terre d’accueil pour Les Callinet, Facteurs d’orgues (1872-1903) », Haute-Saône SALSA n° 107, janvier – avril 2019.

Néanmoins, on ne disposait jusqu’à maintenant d’aucun document entre les travaux de Riepp (1746-1749) et l’intervention de François Callinet en 1811. L’affaire de la dévastation de l’instrument par un organiste indélicat, qui a vendu les tuyaux à un ferblantier en 1798, vient à propos compléter la documentation sur cet orgue et ses organistes… 

(Début juin, je pensais encore pouvoir réserver la primeur de cet épisode rocambolesque à Sylvie Granger,  malheureusement ...)

pour en savoir plus cliquez sur le lien ci-dessous :

 L’orgue de Notre-Dame de Gray dépouillé par un organiste en 1798

05 avril 2022

Orgues et Organistes de l’abbaye de Corneux (1763-1790)

L’abbaye de Corneux, de l’ordre des Prémontrés, en Haute-Saône, au village de Saint-Broing, à 5 km de Gray a été supprimée pendant la Révolution française.

Possédant un vaste domaine, elle avait connu au xviiie siècle une grande prospérité, en particulier à l’époque de l’abbé Jacques Tranquille de Belloy (1757-1773), en relations avec l’abbaye de Bellelay en Suisse et les abbayes du sud de l’Allemagne, notamment l’abbaye de Schussenried en Souabe, grand centre de l’activité musicale de l’ordre. Les bâtiments ont été reconstruits dans la première moitié du au xviiie siècle, et l’église de 1759 à 1763 par l’abbé Jacques Tranquille de Belloy.

           Dès la fin de la reconstruction de l’église, il a été question de placer un orgue sur la tribune. Après plusieurs projets, il a été construit par Joseph Rabiny qui l’a terminé en août 1766. En 1790, il faisait encore partie du mobilier de l’abbaye. 

projet du buffet d'orgue de Corneux (Dessin de Joseph Rabiny, AD70, H751) 

Les documents conservés aux Archives départementales de la Haute-Saône permettent de connaître la brève histoire de cet instrument malheureusement disparu. On y découvre deux projets de Charles Joseph Riepp, et Joseph Rabiny s’y révèle marchand de vins à Dijon…

En 1790, il ne restait que 6 religieux dans l’abbaye. Pendant la Révolution française, l’église a été démolie, les bâtiments vendus comme Bien national ont été en partie détruits.


Le "château" (ancienne abbaye) de Corneux
 

Lire ci-dessous :

Orgues et organistes de l'abbaye de Corneux

 

31 mars 2022

Bénigne Boillot (1725-1795), facteur d'orgues à Dijon

 Bénigne Boillot (1725 – 1795) Facteur d’orgues L’orgue et les organistes, 1591-1798.

                1 volume, 502 pages, photos, illustrations. ISBN 979-10-699-6808-0

2021, Chez l’auteur, à Saint-Jean-de-Losne.

Presque tous les orgues construits par Bénigne Boillot (Nuits-Saint-Georges 1725-Dijon 1795) ont été détruits ou transformés. Seul, l’orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Losne (Côte-d’Or) est conservé pratiquement dans son état d’origine avec une grande partie du mobilier de cette église antérieur à la Révolution.

Le buffet d'orgue de Saint-Jean-de-Losne

Tuyauterie du Positif de Saint-Jean-de-Losne

    Régulièrement entretenu, l’orgue de Saint-Jean-de-Losne (1768) reste aujourd’hui un instrument de musique remarquable et ouvre un accès direct à l’orgue français du milieu du xviiie siècle dans ce qu’il a de meilleur : en effet, Bénigne Boillot a travaillé quelque temps avec les frères Riepp, puis avec Dom Bedos, le célèbre Bénédictin, auteur du traité « L’art du facteur d’orgues », avant de venir s’installer à Dijon.

    Il s’agit de révéler les détails de la vie de ce facteur d’orgues né à Nuits-Saint-Georges : sa formation, son entourage, ses échecs et ses succès, puis d’étudier les orgues sur lesquels il est intervenu : qu’il les ait construits, restaurés ou simplement imaginés à l’état de projets : Saint-Jean-de-Losne, bien sûr, mais aussi Nuits-Saint-Georges, Jussey, Seurre, Riceys-Bas, Saint-Jean de Dijon, etc.

Le buffet d'orgue de Nuits-Saint-Georges
(Eglise saint-Symphorien)

    Il convient aussi de présenter Bénigne Boillot dans la longue suite d’organistes et de facteurs d’orgues, actifs à Dijon et aux alentours aux xviie et xviiie siècles, que les archives permettent de connaître, ainsi que leurs réalisations, dans le contexte de leurs relations pas toujours faciles avec leurs clients : chapitres, paroisses, communes … exigeants et peu enclins à la dépense pour leurs orgues et leurs organistes. Après quelques prédécesseurs célèbres ou méconnus, les collègues et concurrents immédiats de Boillot se nomment Charles-Joseph Riepp, Joseph Rabiny, Jean Richard, François Callinet, et les organistes qu’il a pu fréquenter : les Balbastre, les Lausserois, François Leclerc et bien d’autres. 

            Cet ouvrage s’appuie sur de nombreuses sources primaires, archives pour la plupart transcrites in extenso, il contient aussi des descriptions techniques pour lesquelles on a recherché l’équilibre entre les détails intéressant les professionnels et une approche plus globale.

Pour vous procurer ce livre cliquez sur le lien ci-dessous:

 BENIGNE BOILLOT

 


17 mars 2022

Orgues et organistes de Besançon

 

La présence des frères Riepp à Besançon à la fin des années 1730 et dans les années 1740 est attestée, mais on ne sait pas grand-chose sur les chantiers qu’ils ont pu y entreprendre. A partir de 1764, Charles-Joseph Riepp travaille à nouveau à Besançon et entretient des rapports étroits avec Jean-François Tapray, alors organiste de la métropole Saint-Jean l’Évangéliste et avec l’intendant Charles Lacoré (cf.  nos articles précédents :

L’orgue Riepp de l’Intendance de Franche-Comté

https://karljosefriepp.blogspot.com/2022/01/lorgue-riepp-de-lintendance-de-franche.html

et

Charles-Joseph Riepp Franc-Maçon ?

https://karljosefriepp.blogspot.com/2012/01/charles-joseph-riepp-franc-macon.html

Comme ailleurs, les orgues de Besançon ont subi de gros dégâts pendant la Révolution française, mais contrairement à ce qu’on croit, tous n’ont pas été entièrement démontés. Dès le début du Concordat, les églises des paroisses conservées ont eu des orgues et des organistes.

Les relations entre les tribunes n’étaient pas toujours au beau-fixe comme en témoigne le « Projet de mémoire De J. F. Louis Berger, ancien Organiste à la paroisse de Ste. Marie-Magdeleine à Messieurs le Fabriciens de lad. Paroisse ».

Le buffet d’orgue de l’église Saint-Maurice, état actuel, 2022. Cliché P.M. Guéritey

Grâce à ce document intéressant et inédit, et à d’autres documents conservés notamment aux archives diocésaines et aux archives municipales, il est possible d‘apporter quelques nouvelles informations sur les orgues et les organistes des principales églises de Besançon de la fin du xviiie siècle à la fin du xixe siècle…

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire :

Orgues et organistes de Besançon aux XVIIIe et XIXe siècles (quelques notes)

à suivre : l'abbaye de Corneux (Haute-Saône) l'orgue de Joseph Rabiny et ses organistes ..


10 janvier 2022

L’orgue Riepp de l’intendance de Franche-Comté

 Voici du nouveau au sujet de cet orgue, qui reste bien mystérieux.

Dans ses mémoires, Jean André Silbermann a noté :

….Herr Riepp von Dijon, hat 1769 dem Herren Intendanten von Besançon eine Orgel von 5. Octaven aufgesetzt. Er war 3 ½ Monat daselbst….

Monsieur Riepp a construit en 1769 un orgue de 5 octaves pour Monsieur l’Intendant de Besançon. Il s’en est occupé lui-même pendant 3 mois et demi.

En 1772, Riepp évoque cet orgue dans une lettre à l’abbé de Salem, pleine de sous-entendus, qui laisse penser que sa construction, suivie par le subdélégué Ethis, n’a pas été facile. On suppose que cet instrument était destiné aux cérémonies de la loge maçonnique installée dans l’Intendance par Charles Lacoré intendant de Franche-Comté. Riepp était en étroites relations avec Ethis et Lacoré, ce qui suggère qu’il aurait pu être Franc-Maçon..

Cf. https://karljosefriepp.blogspot.com/2012/01/charles-joseph-riepp-franc-macon.html

La salle des actes du collège Victor-Hugo de Besançon a servi de chapelle à l’établissement pendant plusieurs années au 19e siècle. Cette salle magnifique est ornée de boiseries et de tableaux. Sur la tribune se trouve un orgue que certains n’ont pas craint d’affirmer être l’orgue de l’Intendance construit par Riepp.

Ces tuyaux portent des marques caractéristiques de Charles-Joseph Riepp

Mais la notice ci-dessous montre à quel point l’incertitude plane sur les origines de cet instrument :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM25002498

« L'origine de cet orgue positif reste incertaine. Le clavier est identique à celui que François Callinet a réalisé pour l'orgue d'Auxonne (21). Peut-être a-t-il construit l'orgue à partir d'une tuyauterie du 18e siècle de Joseph Rabiny, son beau-père, ou de Karl Joseph Riepp, son oncle par alliance. Le buffet du 19e siècle, est très postérieur à l'instrument ».

Il a néanmoins été classé Monument historique le 14 février 1980.

En octobre/novembre 2011, j’ai pu accéder à cet orgue pour essayer de trouver le lien – s’il existe - avec celui que Riepp avait construit en 1769 pour l’Intendance de Franche-Comté. J’ai découvert une ruine, dans un espace extraordinaire, malheureusement à l’abandon car impossible à utiliser aisément pour la vie du collège…

Lire le compte rendu de cette visite:

L'ORGUE DU COLLEGE VICTOR HUGO (2011)

20 juillet 2020

« Le devenir de l’orgue de la cathédrale de Nantes » 1988-1989


            Le pasteur Vallotton, fondateur et président de la FFAO (Fédération Francophone des Amis de l’Orgue) n’avait vraiment peur de rien…
En 1988 l’idée d’organiser un « brain-storming » avec pour thème une réflexion sur les options pour  une éventuelle restauration du grand orgue de la cathédrale de Nantes, déjà restauré une quinzaine d’années auparavant et sauvé des flammes juste après, lors de l’incendie de la toiture de la cathédrale le 28 janvier 1972 était pour le moins audacieuse…

Eh non, ça n'est pas Notre-Dame de Paris ! c'est la cathédrale de Nantes le 28 janvier 1972.
            Ce fut pourtant chose faite lors du symposium international du 9 juillet 1989 à Nantes,
« Le devenir de l’orgue de la cathédrale de Nantes ». 
La liste des facteurs d’orgues qui ont contribué à cette journée montre à quel point cette idée a suscité un véritable intérêt.

Liste de interventions


          
       Au-delà du sujet proposé, cette réunion a été l’occasion pour chacun d’exprimer sa propre personnalité.

            Pour préparer cette réunion, le pasteur Vallotton nous avait chargés Philippe Hartmann et moi-même de produire une étude historique et technique sur l’instrument afin d’en faciliter l’abord aux participants.
            Nous avons effectué ce travail fin 1988, séparément, puis ensemble, et à la fin d’une dernière nuit passée dans l’instrument en décembre 1988, un accord vite expédié des anches, comme seul Philippe Hartmann savait le faire, nous a permis de profiter du Grand Jeu de Clicquot… certes un peu dispersé dans le buffet, mais, qu’on en juge :
- Bombarde :
Bombarde, Trompette, Clairon
- Grand Orgue :
1ère Trompette  2ème Trompette, Clairon, Cornet
- Positif :
Trompette, Clairon, Cornet
- Pédale :
Bombarde, Trompette, Clairon
… un grand moment
(Photo diocèse de Nantes 18 07 2020)
       L’émotion causée par la destruction du grand orgue dans l’incendie de samedi 18 juillet 2020 nous a rappelé le souvenir de Félix Moreau, de Joseph Bureau, qui nous avaient accueillis si amicalement, et le concert donné la veille du symposium par Marie-Thérèse Jehan et Félix Moreau ...
         
      Puisque de grandes déclarations n’ont pas manqué immédiatement de promettre une prompte reconstruction, j’ai sorti de mes archives le rapport que j’ai écrit en 1988-89,… au cas où ça pourrait être utile…
RAPPORT DECEMBRE 1988
PLANCHES-1 1988
PLANCHES-2 1988
SYNTHÈSE SYMPOSIUM 1989

 Ce n’est qu’une étude générale, et j’espère que depuis, un facteur d’orgue a effectué des mesures précises et complètes de la tuyauterie, en particulier de ce formidable chœur d’anches de Clicquot…

Pierre Marie Guéritey 20/07/2020

26 juin 2020

Guillaume Mourez et l’orgue de Pesmes



L'orgue de Pesmes, Guillaume Mourez 1727 (P.M. Guéritey 2016)
 Charles-Joseph Riepp n’a probablement jamais rencontré Guillaume Mourez… Il a seulement transporté en 1744 au prieuré bénédictin de Mont-Roland près de Dole, l’orgue que Mourez avait construit en 1707 pour les Dames d’Ounans de Dole, qu’il a remplacé par un orgue neuf.
Mourez, né à Dole, organiste et facteur d’orgues à Auxonne, avait déposé un devis en 1720 pour réparer l’ancien orgue de la Collégiale Notre-Dame de Dole, mais quand la décision a enfin été prise de construire un nouvel orgue, personne ne s’en souvenait et Mourez était mort à Auxonne depuis plusieurs années.
Un seul orgue témoigne encore (après bien des vicissitudes) de l’art de Guillaume Mourez. C’est l’orgue de l’église Saint-Hilaire de Pesmes.

Quelques notes pour l' histoire de L'orgue de Pesmes (P.M. Guéritey juin 2020), 
ci-dessous : 
Il faut y aller, aussi bien pour l’instrument que pour l’église qui le contient et le village de Pesmes, à découvrir absolument :
Pesmes (Haute-Saône), dessin (Source : Gallica)

Pesmes, Eglise Saint-Hilaire, Chapelle d'Andelot