24 janvier 2012

Charles-Joseph Riepp franc-maçon ?


Portrait de Riepp en famille
Pierre Morlot 1766
(Musée de l’abbaye d’Ottobeuren, huile sur toile, photo Braun Ottobeuren)

Ce tableau a été peint par Pierre Morlot (1716-1780), peintre dijonnais ami de la famille Riepp. La composition s’organise en deux parties : la famille Riepp occupe les 2/3 de la toile à gauche. Le peintre s’est représenté à droite, à l’arrière plan, assis derrière Madame Riepp. Son bras gauche est appuyé sur un papier posé sur la table,  portant sa dédicace:

« De ma tendresse ami, reçois ce faible gage ;
Il me ferait beaucoup d’honneur,
Si mon pinceau docile eût rendu ton image,
Comme elle est peinte dans mon cœur. »

Charles Joseph Riepp, alors âgé de 56 ans, est debout derrière le clavecin, il est vêtu de son habit de voyageur, sa main gauche est posée sur l’épaule de sa plus jeune fille, Claude, alors âgée de 11 ans. Celle-ci a posé sur le clavecin un album dont la couverture porte le titre « images des enfants ».
Au premier plan, assise au clavecin, Jeanne-Françoise âgée de 13 ans joue un menuet de Rameau dont la partition lisible est posée sur le porte musique de l’instrument. Madame Riepp est assise au premier plan, elle est alors âgée de 48 ans.

Selon certaines interprétations de ce tableau, le personnage vêtu de rouge serait Charles Joseph Riepp lui-même et celui qui se tient derrière le clavecin serait Barthélemy Trouvé.
Mais vous avez tous reconnu la veste verte que Charles Riepp portait encore à Salem 8 ans plus tard, et 3 ans avant son mariage avec la jeune fille qui joue du clavecin Barthélemy Trouvé n'avait vraiment aucune raison de se trouver là et de mettre la main sur l'épaule de sa future belle sœur âgée de 11 ans…


Pierre Morlot était membre de la Loge Saint-Luc de Dijon (Abbé Jules Thomas, les origines d’une loge maçonnique de Dijon, Dijon 1907).
Riepp, en plus d’avoir été en relations très suivies à Besançon avec les Francs-Maçons notoires : Charles de Lacoré, intendant de Franche Comté et Louis Ethis, subdélégué, était l’ami de Pierre Morlot, qui sera témoin en 1769 du mariage de Jeanne-Françoise Riepp avec Barthélemy Trouvé, avocat au parlement et neveu du dernier abbé de Cîteaux François Trouvé.
Voilà qui relance l’interrogation sur une éventuelle affiliation de Charles-Riepp à la franc-maçonnerie….qui n’est aujourd’hui attestée par aucun document.

(Aujourd’hui 24 janvier 2012 : 312° anniversaire de la naissance de Charles-Joseph Riepp à Ottobeuren)
© Texte Pierre Marie Guéritey

24 janvier 2011

Mon cher Lolot

François Trouvé (Champagne sur Vingeanne 1716 – Vosne 6 mai 1797) a été élu abbé de Cîteaux le 25 novembre 1748, conseiller-né au parlement de Bourgogne, il a été présenté au roi (Louis XV) le 11 janvier 1749, ce fut le dernier abbé de Cîteaux avant la Révolution.
Anselm II Schwab, élu en 1746 (Füssen,1713 – Salem 1778) est l’avant dernier abbé de Salem avant la sécularisation (1802) Dès le débu des années 1750, Anselm II qui voulait obtenir la charge de Vicaire général de l’ordre pour l’Allemagne et la Silèsie était aussi en procès avec les couvents de cisterciennes dépendant de Salem.
Charles Joseph Riepp, (Eldern 24 janvier 1710 – Dijon 5 mai 1775) né à Eldern près d’Ottobeuren en Souabe, il est venu en France en 1732, d’abord en alsace puis à Dijon où on le trouve dès 1736. Installé à Dole en 1740, il épouse le 18 avril 1741 Anne Françoise Eve (Dole 30 mars 1718-Dijon 2 janvier 1779). Le couple s’installe à Dijon en 1743.
En relations permanente avec les abbayes de Salem et de Cîteaux (dont il a restauré l’orgue de 1736 à 1739) Charles Riepp est avec sa femme le défenseur des intérêts de l’abbé de Salem à Cîteaux.
Alors que sa fille Jeanne Françoise est née le 1er février 1753, et que l’orgue de Dole est en construction, il se rend à Salem en août, sa femme, demeurée à Dijon, elle, n’est pas restée inactive et elle est allée aux nouvelles à Cîteaux. Le 15 septembre elle lui écrit pour lui dire qu’on lui a affirmé que « M. l’Abbé de Salem » obtiendrait bientôt ce qu’il demande…
M. l’Abbé de Salem n’obtiendra finalement pas grand-chose… Après les deux orgues d’Ottobeuren, Riepp construira trois (ou quatre) orgues à Salem entre 1767 et 1774, et pendant tout ce temps, il développera son commerce de vin et constituera son domaine viticole dans la côte de Nuits. En 1769 sa « grosse fille » Jeanne François épouse Barthélemy Trouvé, conseiller au Parlement de Bourgogne, neveu de François Trouvé qui s’est retiré chez lui à Vosne pendant la Révolution et y est mort en 1797…
Evidemment comme c’était l’usage dans les abbayes, cette lettre a été ouverte et copiée consciencieusement par le secrétaire de l’Abbé. La copie se trouve aux archives du Bade-Wurtemberg à Karlsruhe et se termine ainsi :

« dans le couvert se trouvait écrit ce qui suit :
Mon cher Lolot, je t’embrasse mille fois de même que ta grosse fille. Je t’ai mis cette enveloppe pour la plus grande sureté ….
»

Voilà donc un facteur d’orgues émigré qui a bien réussi à s’intégrer dans son pays d’adoption Celui qu’on entend citer comme « Karl-Joseph Riepp » par les savants musicologues, sa femme l’appelait « Lolot » comme on appelait familièrement en Bourgogne ceux qui s’appellent Charles (Charles ...... Charlot .....Lolot).

Mon cher Lolot,
Je te souhaite un bon anniversaire puisque le 24 janvier 2011 cela fait 301 ans que tu es né à Eldern.
Pendant toute l’année 2010, on s’est bien occupé de ton 300e anniversaire. Pour ma part, il y a 30 ans que je te connais bien, toi, tes vignes, et les orgues que tu as construits. Depuis 2009, j’ai repris les recherches au sujet des facteurs d’orgues Bourguignons (Riepp, les Callinet, Bénigne Boillot) et j’ai retrouvé encore beaucoup de documents qui te concernent. Je les publierai peut-être un jour…
Pierre Marie Guéritey

En attendant, ceux qui sont intéressés par le sujet peuvent encore se procurer auprès des amis de l’orgue de la Cathédrale Saint Bénigne de Dijon ou auprès des amis de l’orgue de Dole la brochure des journées Riepp 2010.

14 novembre 2010

Les Journées Riepp à Ottobeuren, octobre 2010 (II)



Samedi 2 octobre
Après une nuit passée dans l'Abbaye (le lieu est magnifique et nous ne nous lassons pas d'arpenter les longs couloirs, avec portes en faux bois, entourages en faux marbres, stucs, dorures, murs blancs immaculés,…) nous gagnons à nouveau la salle de conférence au 2e étage.

Prêts, pour la conférence (Pierre Marie) et pour le reportage photos (Michelle)... Les exposés reprennent salle Rupert-Ness, en allemand bien sûr.
Tout d'abord, un titre un peu provocateur en terre allemande : "Charles Joseph Riepp, ein französicher Orgelbauer ?" (Charles-Joseph Riepp, un facteur d’orgues français ?, (Dr Pierre Marie Guéritey).Salem n'est pas oublié, magnifique abbaye où Riepp a construit aussi des orgues de 1766 à 1774, "Die Bedeutung von Karl Joseph Riepp für den Weinanbau und den Weinhandel in Salem" (L’importance de Karl Joseph Riepp pour la viticulture et le commerce du vin à Salem, par le Dr Ulrich Knapp).PM Guéritey et Ulrich Knapp
Ulrich Knapp et Michaël G. Kaufmann
Helmut Balk (Greiffenberger Institut) présente son travail sur la tuyauterie d'Ottobeuren "Die Dokumentation des Pfeifenwerkes der Riepporgeln (La documentation de la tuyauterie des orgues de Riepp). Une discussion s'établit avec les facteurs d'orgues présents, notamment le Dr. Théobald (Klais) et Wolfgang Rehn (Kuhn): ces recherches sont-elles nécessaires, indispensables, superflues ?.. Josef Miltschitzky donne lecture de la conférence de l'Abbé Meunier-Rivière de Toulouse qui traite de "Das Wirken von Karl Joseph Riepp Stiefneffen Gregor Rabiny in Toulouse" (L’activité de Gregor Rabiny, neveu de Karl Joseph Riepp à Toulouse).
Les conférences se terminent par un exposé du Dr Markus Zimmermann "Verwendete Karl Jospeh Riepp Mensurvorbilder ?" (Karl Joseph Riepp utilisait-il des modèles de diapasons ?)
A 16 heures, place à la musique et à l'orgue pour un récital dans la Basilique.
Récital d'orgue donné par Maurice Clerc, titulaire du Grand Orgue de la cathédrale de Dijon, d’abord à l'orgue Riepp (orgue de la Trinité : pièces de Claude Gervaise (Suite de Danses), Jean-Philippe Rameau (Ouverture des Indes Galantes, transcr. Maurice Clerc), François Couperin (Récit de tierce en taille et Offertoire sur les grands jeux de la messe des couvents).
Maurice Clerc poursuit son concert au « Marienorgel » (G.F. Steinmeyer 1957, J. Klais 2002) avec César Franck (Pièce Héroïque), Gabriel Fauré (Quatre pièces de Dolly, transcr. Maurice Clerc), Louis Vierne (Allegro de la II°. Symphonie) et Pierre Cochereau (Berceuse, improvisation reconstituée par Frédéric Blanc, et Scherzo (Notre-Dame de Paris, 1974), improvisation reconstituée par Maurice Clerc). Après le concert, petite pause à la Caféteria de l'Abbaye... avant le retour à l'églisepour une visite de l'orgue de la Trinité à laquelle les participants aux Journées Riepp sont conviés .
Le soir à 20 heures, table ronde autour du sujet : "Concept d'une restauration des orgues Riepp d'Ottobeuren", sous la conduite du Dr Michaël G. Kaufmann, Erzbischöflicher Orgelinspecktor. Le lendemain 3 octobre, il nous faut regagner la Bourgogne. On le fait avec regret tant les paysages de la région sont agréables, les arbres ont déjà leurs couleurs d'automne, le soleil revenu nous gratifie de ses rayons, et l'Abbaye et son église un lieu magnifique et d'une richesse artistique rare...
Notre ami Karl-Joseph devait quand même en vouloir un peu à sa femme de ne l’avoir jamais accompagné dans son pays natal…
Pierre Marie et Michelle Guéritey. Copyright sur toutes les photos publiées (Michelle Guéritey).

Les Journées Riepp à Ottobeuren, Octobre 2010 (I)



Première Journée : vendredi 1er octobre.
Après Dole et Dijon, c’est au tour d’Ottobeuren d’organiser les Journées Riepp 2010.
Dans la basilique de l’abbaye bénédictine de cette ville se trouvent les deux célèbres orgues de Karl Joseph Riepp : à gauche l’orgue «du Saint Esprit» (Heiliger Geist Orgel), à droite l’orgue «de la Trinité» (Dreifaltigkeits Orgel) dont les buffets constituent le couronnement des stalles du chœur.
Ottobeuren est une charmante bourgade de Souabe, située près de Memmingen dans le sud de l’Allemagne. C’est là qu’a grandi notre facteur d’orgues Karl Joseph Riepp. Il était né le 24 janvier 1710 à Eldern, tout proche. Josef Miltschitzky, titulaire des orgues d’Ottobeuren, a organisé ces journées Riepp Ottobeuren, vendredi 1er et samedi 2 octobre.
Le vendredi, accueil des participants salle de conférence "Rupert-Ness", à l'intérieur de l'Abbaye, par Joseph Miltschitzky à 18 heures.
Début du symposium sur Riepp avec la conférence sur «Die baulichen Besonderheiten der Riepp-Orgels» (les particularités constructives des orgues Riepp d’Ottobeuren) par Joseph Miltschitzky.

Puis un exposé (lu par Josef Miltschitzky) de Daniel Piollet : «Jung Jeremias – Jean-Baptiste Jérémie Schweikart : ein Ottobeurer Instrumentenbauer in Paris» (Le jeune Jérémie, Jean Baptiste Jérémie Schweickart, un facteur d’instruments originaire d’Ottobeuren a Paris).
La première journée du symposium se termine par une conférence de Pierre Brossard sur «Karl Joseph Riepp, Dom Bedos de Celles, Jean-François Lépine, Joseph Rabiny, … ».
A 21 heures, dans la basilique, avait lieu un concert original, avec le chœur grégorien Celsitonantes, direction Hans Ganser, Augsburg, et les deux orgues de chœur de Riepp (joués par Joseph Miltschitzky) : des pièces liturgiques (Hymnes, psaumes, antiennes) reconstituées à partir de fragments de manuscrits des 14e et 15e siècles, qui sont collés sous les sommiers des orgues. En interludes, Joseph Miltschitzky a joué sur les orgues Riepp des œuvres de Speth, Mayr et Eberlin. Nous étions assis dans les stalles du chœur et l’ambiance y était particulière, magique et hors du temps, pour ce beau concert de nuit dans la basilique. Après le concert, les participants, notamment les conférenciers des Journées Riepp, se sont retrouvés autour d’un verre de bière au Café des Maures, sur la place à Ottobeuren.

Pierre Marie et Michelle Guéritey. Copyright sur toutes les photos publiées (Michelle Guéritey)