Dans cette note adressée à l'Abbé de Salem, K.J. Riepp dresse la liste des jeux qu’il a placés dans l’orgue de Saint Bénigne et propose en plus d’autres jeux pour faire un très grand instrument, qu’il n’a jamais réalisé, ni à Dijon, ni à Salem. P.M. Guéritey.
Traduction:
"Disposition de l'orgue, registres et claviers de l'orgue des R.R.P.P. Bénédictins de Dijon terminé par .... Riepp l'an 17...
1° Clavier de pédales 3 octaves commençant au C
Grosse flûte: une soubasse ouverte de 16 p. en bois.
2. Une flûte ouverte en bois de 8 pieds.
3. Une flûte ouverte en bois de 4 pieds.
4. Une bombarde 16 pieds étain anglais.
5. Une trompette 8 pieds, étain anglais.
6. Un clairon 4 pieds, étain anglais.
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Ce qu'on pourrait faire encore c'est notamment une soubasse de 8 pieds, une flûte creuse 8, un violoncelle 4, Zink ou Cornet, une mixture et un basson ou serpent 8, un bourdon 16 pieds ce qui donnerait une pédale complète; d'ailleurs, on pourrait faire plus ou moins à la pédale.
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Second clavier de "Rückwerk" ou positif:
1° Un principal ou montre 8 pieds étain anglais, ouvert.
2° Un Copel ou Bourdon 8 pieds bois, étain et plomb.
3° Une octave 4 p. étain.
4° Un cornet 5 rangs, plomb-étain.
5° Un violoncelle doux 8 p. étain.
6° Flûte traversière 4 p. étain.
7° Quinte 3 pieds plomb.
8° Doublette étain.
9° Tierce métal Ces jeux sont faits
10° Larigot métal
11° Fourniture 4 rangs étain.
12° Cymbale 3 rangs étain.
13° Trompette, étain, 8 pieds.
14° Un Cromorne 8 p. étain.
15° Un clairon, étain, 4 pieds.
16° Une voix humaine, étain #
# Ce qu'on pourrait ajouter c'est notamment un coppel de 16, un salicional 8 p., une flûte douce 4 p., un violon.
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D'ailleurs ce qu'on pourrait avoir encore, c'est par exemple quintaton ou hautbois selon ce que le propriétaire a (pour payer).
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## Les registres suivants sont faits aussi:
## 3ième clavier de Grand Orgue, ce clavier, comme aussi le positif a 4 octaves et commence au C sol ut.
1er registre: un principal de 32 pieds, le G ré sol en montre, d'étain anglais.
2° Une montre de 16 pieds étain.
3° Une montre ou principal 8 p. étain.
4° Coppel ou Bourdon 16 pieds bouché, bois.
5° Coppel ou Bourdon 8 pieds, bois, plomb-étain.
6° Un prestant ou octave 4 p. étain.
7° Une flûte 4 pieds plomb-étain.
8° Un cornet de 5 tuyaux par note.
9° Un gros nasard ou quinte étain-plomb.
10° Une grosse tierce étain-plomb.
11° Une doublette ou superoctave étain.
12° Une petite tierce plomb-étain.
13° Une mixture 2 rangs étain.
14° Une mixture 4 rangs étain.
15° Une cymbale 4 rangs étain.
16° Grande Trompette étain 8
pieds; grosse taille.
17° Une petite trompette
18° Un clairon 4 p. étain.
19° Une voix humaine
Ces registres sont effectivement réalisés.
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et ce qu'on pourrait ajouter ce serait notamment:
1° Une bombarde de 16 pieds étain.
2° Une flûte de 8 p. étain
3° Une basse de viole
4° Un basson 8; à volonté plus ou moins.
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4ième clavier de 3 octaves dans les dessus:
1° Un cornet de Récit de 5 tuyaux par note.
2° Une trompette de Récit étain 8 p.
3° Un chalumeau étain.
5ième clavier: un cornet d'Echo de 3 octaves.
Ce grand orgue a 34 pieds de large et 54 pieds de haut avec les corniches, le Positif a 11 pieds de haut et 11 pieds de large, les buffets ont ensemble 14 pieds de profondeur, ce qui ne serait pas assez en Allemagne car les musiciens ordinaires se tiennent à l'orgue."
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Texte original, de la main de Riepp, adressé à l’abbé de Salem (Generallandesarchiv Karlsruhe 98/733 f° 16) :
"Disposition der Orgel und Registres und Claviere der Orgel bey den (H. H. Benedictinen in Dijon) vorförtiget (durch ... Riepp l'an.. 17 ..)
Primo pedalles clavier 3 octave fängt an um C sol ut
Groß flet ein Soubaß offen von 16 schuh. holz.
2 ein flet offen 8 schuh holz
3 ein flet offen 4 schuh holz
4 ein Bombard 16 füß englisch zin
5 ein Trompett 8 füß eng. zin
6 ein Clairon 4 füß eng. zin.
Was noch gemacht soll würden daß ist Ratßam als mämlich ein subaß von 8 füß ein hohlflet 3 ein Violoncello 4, zinksbaß oder cornet ein Mixtur und ein fagot oder serpent 8, ein Bourdon 16 pieds. Daß gebe volcomene pedalle in Übrigen kan man mär oder weniger machen in pedalle.
Secondo clavier von Rückwärks oder positiffe
1° ein principalle oder montre 8 pieds englich zin offen
2° ein copell oder Bourdon 8 pieds holz zin und bley
3 un octave 4 pieds zin
4 un cornet 5 fach pley-zin
5 un violoncello douse 8 p zin
6 flute travercier zin 4 p
7 quint 3 pied zin bley
8 doublette zin diese sind gemacht
9 tierce metalle
10 Larigot metalle
11 fournitur 4 fach zin
12 Cimball 3 fach zin
13 trompett zin 8 pieds
14 Un crommorne 8 pieds zin
15 un clairon zin 4 pied
16 un vox humana zin
Was noch sollt gemach würden daß ist mämlich ein Cople von 16 pieds, ein Salicionall 8 p, ein flaut dous 4 p, ein violon
in übrigen waß man noch mähr haben wollt alß zum exemple quinta dena oder hobois nach dem der bestelleren hat
dieser sind auch gemacht:
3tes clavier und großen orgel dieser clavier wie auch das Positiff hat 4 octav fangt an in C sol ut
1° Registres un Principall von 32 pied, daß g ré sol in Gesicht von englich zin
2° un montre von 16 pieds zin
3° un montre oder principall 8 p zin
4° Cople oder Bourdon 16 pieds gedact holz
5° Cople un Bourdon 8 pieds holz pley zin
6° Un prestant oder octav 4 p zin
7° Un flut 4 pieds pley zin
8° Un cornet de 5 tuiaux oder pfeiffe auff iedem claves
9° un gros nasard oder quint zin bley
10° un gros tierce zin bley
11° un doublett oder souperoctave zin
12° une petite tierce pley-zin
13° un mixtur zwey fach zin
14° une mixtur 4 fach zin
15° une cimballe 4 fach zin
16° Große trompette zin 8 pieds grosse taille
17° une petite trompette
18° un clairon 4 p zin
19° un voix humaine, diese Registres sind wirklich gemacht
und waß sollte noch gemach wärden daß ist als nemlich
1° un Bombard von 16 pieds zin
2° ein flut 8 schu zin
3° un Baß de viol
4° un Basson 8, nach belieber märer oder weniger
4iem clavier d von 3 octaven dans les dessus alß
1° un cornet de Resit de 5 pfeiffen auff iedem claves
2° une trompette de Resit étain 8 pieds
3° un challmeyen zin
5iem clavier un cornet echo 5 fach de trois octaves
diese Große orgel hat 34 pieds breit und 54 schu hoch mit dem Cornisch daß positiffe hat 11 schu breit 11 schu hoch der Cor hat in allem 14 schü dieff dieses wäre aber nicht genug in teutchland waill die musicanten ordinare auf der orgel sein."
Autour d’un facteur d’orgues qui était aussi marchand de vins et propriétaire de vignobles dans les meilleurs climats de la Côte de Nuits, chroniques historiques des orgues de Bourgogne et de Franche-Comté, les facteurs, les organistes par Pierre Marie Guéritey
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03 février 2010
06 janvier 2010
Pierre Marie Gueritey : à propos du portrait de Karl Joseph Riepp

Le portrait de Karl-Joseph Riepp (Ottobeuren 1710 – Dijon 1775), alors en possession des descendants français de ce facteur d’orgues, a été publié par Jacques Gardien sous la forme d’une reproduction en sépia. (op.cité [4] planche IX).
Jacques Gardien (aujourd’hui décédé) était le fils de l’organiste de la collégiale de Dole et son ouvrage est le fruit d’une dizaine d’années de recherches menées avant la seconde guerre mondiale.
Malgré les problèmes de l’époque, il était en relations avec les musicologues allemands Hermann Meyer et Joseph Wörsching qui lui ont communiqué des informations sur les œuvres allemandes de Riepp et auxquels il a communiqué des informations sur les œuvres françaises de Riepp et sa vie en Bourgogne.
C’est ainsi qu’on trouve aussi la reproduction du portrait de Riepp dans les ouvrages de H. Meyer et de J. Wörsching (op.cités [2] et [3]) publiés en Allemagne respectivement en 1939 et 1940.
Tous ces auteurs fondent leur commentaire du tableau sur la description qu’en avait faite Joseph Dietsch dès 1888 dans son manuscrit [1] conservé à la bibliothèque Municipale de Dijon.
Le manque de communication entre l’Allemagne du sud et la France à ces époques n’avait pas permis à ces auteurs de faire une étude exhaustive de ce tableau, mais Jacques Gardien avait pressenti que les orgues représentés en fond du portrait pouvaient être ceux de Salem (qu’il n’a jamais vus).
Sur la base de ces données, j’ai repris l’étude de ce tableau à l’occasion des recherches pour ma thèse de doctorat (Université Lyon II 1985, op cité [5].
Celui-ci, peint à Salem probablement lors des derniers séjours de Riepp (en 1772, 73 ou même pendant l’été 1774) dans cette abbaye Cistercienne proche du lac de Constance où il a construit trois orgues (dispersés lors de la sécularisation) présente des symboles de la double appartenance de Riepp à la Bourgogne et à la Souabe, et de ses deux métiers : facteur d’orgues d’une part, négociant en vins et propriétaire de vignobles en Bourgogne d’autre part.
L’identification formelle des deux orgues de Salem en fond du tableau et l’attribution au peintre Andréas Brügger, alors peintre officiel de l’abbaye a été publiée dans le catalogue d’une exposition réalisée par mes soins (avec la collaboration de Michelle Guéritey) à Beaune en décembre 1988 ([6] pp 9-10)
Le portrait, légué à l’association des Amis de l’Orgue de la Cathédrale de Dijon par le dernier descendant de Riepp qui l’ait eu en sa possession, n’était alors pas encore restauré.
Ces informations ont été reprises et complétées dans mon ouvrage « Le Grand orgue de la Cathédrale Saint Bénigne de Dijon » (op.cité [7] pp 41-42 où la reproduction en couleur du portrait restauré figure dans les premières pages et en vignette à la quatrième de couverture) :
« [Ce tableau] a été peint à Salem lors du dernier séjour de Riepp dans cette abbaye, (entre le 25 mai et le 6 septembre 1774), juste avant l'achèvement de l'orgue "du Tabernacle" représenté à droite du tableau sans ses tuyaux de façade. Il est dû probablement à Andreas Brugger qui a peint la même année le portrait de l'Abbé Anselm II que l'on peut voir dans la bibliothèque de l'abbaye. Le facteur d'orgues dont les traits semblent déjà marqués par la maladie est derrière une petite table. Sur celle-ci est étendu un papier où est tracé le diapason d'un jeu. De la main droite, il pointe l'un des diamètres au moyen d'un compas de proportion. Chaque note est désignée d'un lettre: on reconnaît l'écriture caractéristique de Karl Joseph Riepp, qui a inscrit lui-même le nom des notes de l'octave: "C C# D ev " etc. A droite de la table, un pied de vigne enroule ses pampres et ses grappes. Sur la table, un accordoir de jeux de fonds en laiton tourné est fiché dans le goulot d'une bouteille de vin rouge; dans le cône de l'accordoir une chandelle achève de se consumer et projette sa lumière sur le visage de Karl Joseph Riepp. En arrière plan sont représentés les orgues de l'abbaye: à droite du facteur, le grand orgue, à gauche, l'orgue "du tabernacle" dont les tuyaux de façade n'ont pas encore été posés: derrière les statues allégoriques placées devant le buffet, on voit seulement les tuyaux du cornet dans la grande tourelle. La composition est de qualité et allie la symbolique au réalisme du portrait. »
Les publications des reproductions du tableau par Norbert Dufourcq (in le livre de l’orgue Français TIII, « la facture », Paris, Picard 1978, planche XIX) avec les portraits de F.H Clicquot, de sa femme et celui de Jean François Lépine, et par Robert Martin et al. (tableau non restauré) ne sont que des utilisations au titre d’illustrations et ne correspondent à aucune recherche de ces auteurs sur le sujet.
Le compas que Riepp tient dans la main droite est un compas de proportions. Dans la situation du portrait, son utilisation est la suivante :
La feuille de papier étendue sur la table porte le diapason d’un jeu c’est à dire un graphique dont la longueur des lignes verticales représente le diamètre de chaque tuyau. La largeur de la bouche du tuyau et la hauteur de celle-ci sont des fractions déterminées du diamètre de chaque tuyau. Avec le compas de proportion, on obtient donc aisément l’une ou l’autre en réglant la position du point d’articulation des branches de telle sorte que la grande ouverture étant la longueur correspondant au diamètre du tuyau, la petite donne la largeur de la bouche ou sa hauteur, selon la proportion choisie (en général, on détermine ainsi sur le papier la largeur de la bouche, puis sa hauteur en répétant l’opération à partir de la largeur sur le tuyau lui même en cours de fabrication).
La grande ouverture du compas tenu par Riepp est pointée sur la note DO (C), la proportion de la petite ouverture à la grande est de 0,3 environ (ce qui est plausible pour un tracé réel, mais peut aussi résulter de la fantaisie du peintre).
Le geste professionnel a certainement été expliqué par Riepp à l’artiste puisque – comme je l’ai fait remarquer [7] – c’est lui-même qui a écrit les lettres représentant les noms des notes sur le tableau lui même. (son écriture est bien connue par les marques qu’il a tracées sur les tuyaux de ses orgues et par sa correspondance).
(Cité par :
Gétreau, Florence, « Un portrait énigmatique de l’ancienne collection Henry Prunières », Musique • Images • Instruments, n°5, Paris, CNRS Éditions, 2003, p. 148-156. http://halshs.archives-ouvertes.fr/halshs-00009494/fr/)
Bibliographie :
[1] DIETSCH, JOSEPH, - Dijon, les orgues, les organiers, 1427-1887 - 1888, Bibliothèque Municipale de Dijon, Ms 1818.
[2] MEYER, HERMANN - Karl Joseph Riepp der Orgelbauer von Ottobeuren. Ein Beitrag zur Geschichte des Oberschwäbischen Orgelbaues im 18. Jahrhundert (Mit einem Anhang von Johannes G. Mehl) - Kassel: Bärenreiter - 1939, 189 pages, planches.
[3] WÖRSCHING, JOSEPH - Der Orgelbauer Karl Riepp (1710/1775). Ein Beitrag zur Geschichte der süddeutschen Orgelbaukunst des 18. Jahrhunderts - Mainz: Rheingold, 1940, 327 pages, planches.
[4] GARDIEN, JACQUES - L’orgue et les organistes en Bourgogne et en Franche-Comté au dix-huitiéme siécle - Paris: Librairie E. Droz, 1943, 577 pages.
[5] GUERITEY, PIERRE-MARIE - Karl Joseph Riepp et l’orgue de Dole - Bron: Imprimerie Ferréol, 1985, 2 volumes. 649 pages, planches. (thèse de doctorat soutenue le 15 juillet 1985, université Lyon 2)
[6] GUERITEY, PIERRE-MARIE et MICHELLE – Karl Joseph Riepp facteur d’orgues à Dijon 1710-1775 – Beaune 1988.
[7] GUERITEY, PIERRE-MARIE - Le Grand orgue de la Cathédrale Saint Bénigne de Dijon – Dijon, Euromuses, Les Amis de l’orgue de la Cathédrale, 1995, 158 pages, planches.
Libellés :
Karl Joseph Riepp,
Pierre Marie Guéritey,
portrait,
Riepp,
Salem
09 décembre 2009
Un anniversaire en 2010
Le facteur d'orgues Karl Joseph Riepp est né en janvier 1710 en Souabe (Allemagne), il est l’auteur de plusieurs instruments prestigieux en France, notamment à la collégiale Notre-Dame de Dole et à la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon.
Il a construit aussi les orgues d’Ottobeuren et de Salem en Allemagne. Mais on ne saurait parler de Riepp sans évoquer aussi son activité de marchand de vins (de Bourgogne).
On fêtera en 2010 le 300e anniversaire de sa naissance, en Allemagne bien sûr mais aussi en Bourgogne et en Franche-Comté.
Il a construit aussi les orgues d’Ottobeuren et de Salem en Allemagne. Mais on ne saurait parler de Riepp sans évoquer aussi son activité de marchand de vins (de Bourgogne).
On fêtera en 2010 le 300e anniversaire de sa naissance, en Allemagne bien sûr mais aussi en Bourgogne et en Franche-Comté.
Libellés :
Bourgogne,
Dijon,
Dole,
Franche-Comté,
orgue,
Ottobeuren,
Riepp,
Salem
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