05 avril 2022

Orgues et Organistes de l’abbaye de Corneux (1763-1790)

L’abbaye de Corneux, de l’ordre des Prémontrés, en Haute-Saône, au village de Saint-Broing, à 5 km de Gray a été supprimée pendant la Révolution française.

Possédant un vaste domaine, elle avait connu au xviiie siècle une grande prospérité, en particulier à l’époque de l’abbé Jacques Tranquille de Belloy (1757-1773), en relations avec l’abbaye de Bellelay en Suisse et les abbayes du sud de l’Allemagne, notamment l’abbaye de Schussenried en Souabe, grand centre de l’activité musicale de l’ordre. Les bâtiments ont été reconstruits dans la première moitié du au xviiie siècle, et l’église de 1759 à 1763 par l’abbé Jacques Tranquille de Belloy.

           Dès la fin de la reconstruction de l’église, il a été question de placer un orgue sur la tribune. Après plusieurs projets, il a été construit par Joseph Rabiny qui l’a terminé en août 1766. En 1790, il faisait encore partie du mobilier de l’abbaye. 

projet du buffet d'orgue de Corneux (Dessin de Joseph Rabiny, AD70, H751) 

Les documents conservés aux Archives départementales de la Haute-Saône permettent de connaître la brève histoire de cet instrument malheureusement disparu. On y découvre deux projets de Charles Joseph Riepp, et Joseph Rabiny s’y révèle marchand de vins à Dijon…

En 1790, il ne restait que 6 religieux dans l’abbaye. Pendant la Révolution française, l’église a été démolie, les bâtiments vendus comme Bien national ont été en partie détruits.


Le "château" (ancienne abbaye) de Corneux
 

Lire ci-dessous :orgues et organistes de l'abbaye de corneux


31 mars 2022

Bénigne Boillot (1725-1795), facteur d'orgues à Dijon

 Bénigne Boillot (1725 – 1795) Facteur d’orgues L’orgue et les organistes, 1591-1798.

                1 volume, 502 pages, photos, illustrations. ISBN 979-10-699-6808-0

2021, Chez l’auteur, à Saint-Jean-de-Losne.

Presque tous les orgues construits par Bénigne Boillot (Nuits-Saint-Georges 1725-Dijon 1795) ont été détruits ou transformés. Seul, l’orgue de l’église Saint-Jean-Baptiste de Saint-Jean-de-Losne (Côte-d’Or) est conservé pratiquement dans son état d’origine avec une grande partie du mobilier de cette église antérieur à la Révolution.

Le buffet d'orgue de Saint-Jean-de-Losne

Tuyauterie du Positif de Saint-Jean-de-Losne

    Régulièrement entretenu, l’orgue de Saint-Jean-de-Losne (1768) reste aujourd’hui un instrument de musique remarquable et ouvre un accès direct à l’orgue français du milieu du xviiie siècle dans ce qu’il a de meilleur : en effet, Bénigne Boillot a travaillé quelque temps avec les frères Riepp, puis avec Dom Bedos, le célèbre Bénédictin, auteur du traité « L’art du facteur d’orgues », avant de venir s’installer à Dijon.

    Il s’agit de révéler les détails de la vie de ce facteur d’orgues né à Nuits-Saint-Georges : sa formation, son entourage, ses échecs et ses succès, puis d’étudier les orgues sur lesquels il est intervenu : qu’il les ait construits, restaurés ou simplement imaginés à l’état de projets : Saint-Jean-de-Losne, bien sûr, mais aussi Nuits-Saint-Georges, Jussey, Seurre, Riceys-Bas, Saint-Jean de Dijon, etc.

Le buffet d'orgue de Nuits-Saint-Georges
(Eglise saint-Symphorien)

    Il convient aussi de présenter Bénigne Boillot dans la longue suite d’organistes et de facteurs d’orgues, actifs à Dijon et aux alentours aux xviie et xviiie siècles, que les archives permettent de connaître, ainsi que leurs réalisations, dans le contexte de leurs relations pas toujours faciles avec leurs clients : chapitres, paroisses, communes … exigeants et peu enclins à la dépense pour leurs orgues et leurs organistes. Après quelques prédécesseurs célèbres ou méconnus, les collègues et concurrents immédiats de Boillot se nomment Charles-Joseph Riepp, Joseph Rabiny, Jean Richard, François Callinet, et les organistes qu’il a pu fréquenter : les Balbastre, les Lausserois, François Leclerc et bien d’autres. 

            Cet ouvrage s’appuie sur de nombreuses sources primaires, archives pour la plupart transcrites in extenso, il contient aussi des descriptions techniques pour lesquelles on a recherché l’équilibre entre les détails intéressant les professionnels et une approche plus globale.

Pour vous procurer ce livre cliquez sur le lien ci-dessous:

 BENIGNE BOILLOT

 


17 mars 2022

Orgues et organistes de Besançon

 

La présence des frères Riepp à Besançon à la fin des années 1730 et dans les années 1740 est attestée, mais on ne sait pas grand-chose sur les chantiers qu’ils ont pu y entreprendre. A partir de 1764, Charles-Joseph Riepp travaille à nouveau à Besançon et entretient des rapports étroits avec Jean-François Tapray, alors organiste de la métropole Saint-Jean l’Évangéliste et avec l’intendant Charles Lacoré (cf.  nos articles précédents :

L’orgue Riepp de l’Intendance de Franche-Comté

https://karljosefriepp.blogspot.com/2022/01/lorgue-riepp-de-lintendance-de-franche.html

et

Charles-Joseph Riepp Franc-Maçon ?

https://karljosefriepp.blogspot.com/2012/01/charles-joseph-riepp-franc-macon.html

Comme ailleurs, les orgues de Besançon ont subi de gros dégâts pendant la Révolution française, mais contrairement à ce qu’on croit, tous n’ont pas été entièrement démontés. Dès le début du Concordat, les églises des paroisses conservées ont eu des orgues et des organistes.

Les relations entre les tribunes n’étaient pas toujours au beau-fixe comme en témoigne le « Projet de mémoire De J. F. Louis Berger, ancien Organiste à la paroisse de Ste. Marie-Magdeleine à Messieurs le Fabriciens de lad. Paroisse ».

Le buffet d’orgue de l’église Saint-Maurice, état actuel, 2022. Cliché P.M. Guéritey

Grâce à ce document intéressant et inédit, et à d’autres documents conservés notamment aux archives diocésaines et aux archives municipales, il est possible d‘apporter quelques nouvelles informations sur les orgues et les organistes des principales églises de Besançon de la fin du xviiie siècle à la fin du xixe siècle…

Cliquez sur le lien ci-dessous pour lire :

Orgues et organistes de Besançon aux XVIIIe et XIXe siècles (quelques notes)

à suivre : l'abbaye de Corneux (Haute-Saône) l'orgue de Joseph Rabiny et ses organistes ..


10 janvier 2022

L’orgue Riepp de l’intendance de Franche-Comté

 Voici du nouveau au sujet de cet orgue, qui reste bien mystérieux.

Dans ses mémoires, Jean André Silbermann a noté :

….Herr Riepp von Dijon, hat 1769 dem Herren Intendanten von Besançon eine Orgel von 5. Octaven aufgesetzt. Er war 3 ½ Monat daselbst….

Monsieur Riepp a construit en 1769 un orgue de 5 octaves pour Monsieur l’Intendant de Besançon. Il s’en est occupé lui-même pendant 3 mois et demi.

En 1772, Riepp évoque cet orgue dans une lettre à l’abbé de Salem, pleine de sous-entendus, qui laisse penser que sa construction, suivie par le subdélégué Ethis, n’a pas été facile. On suppose que cet instrument était destiné aux cérémonies de la loge maçonnique installée dans l’Intendance par Charles Lacoré intendant de Franche-Comté. Riepp était en étroites relations avec Ethis et Lacoré, ce qui suggère qu’il aurait pu être Franc-Maçon..

Cf. https://karljosefriepp.blogspot.com/2012/01/charles-joseph-riepp-franc-macon.html

La salle des actes du collège Victor-Hugo de Besançon a servi de chapelle à l’établissement pendant plusieurs années au 19e siècle. Cette salle magnifique est ornée de boiseries et de tableaux. Sur la tribune se trouve un orgue que certains n’ont pas craint d’affirmer être l’orgue de l’Intendance construit par Riepp.

Ces tuyaux portent des marques caractéristiques de Charles-Joseph Riepp

Mais la notice ci-dessous montre à quel point l’incertitude plane sur les origines de cet instrument :

https://www.pop.culture.gouv.fr/notice/palissy/PM25002498

« L'origine de cet orgue positif reste incertaine. Le clavier est identique à celui que François Callinet a réalisé pour l'orgue d'Auxonne (21). Peut-être a-t-il construit l'orgue à partir d'une tuyauterie du 18e siècle de Joseph Rabiny, son beau-père, ou de Karl Joseph Riepp, son oncle par alliance. Le buffet du 19e siècle, est très postérieur à l'instrument ».

Il a néanmoins été classé Monument historique le 14 février 1980.

En octobre/novembre 2011, j’ai pu accéder à cet orgue pour essayer de trouver le lien – s’il existe - avec celui que Riepp avait construit en 1769 pour l’Intendance de Franche-Comté. J’ai découvert une ruine, dans un espace extraordinaire, malheureusement à l’abandon car impossible à utiliser aisément pour la vie du collège…

Lire le compte rendu de cette visite:

L'ORGUE DU COLLEGE VICTOR HUGO (2011)

20 juillet 2020

« Le devenir de l’orgue de la cathédrale de Nantes » 1988-1989

            Le pasteur Vallotton, fondateur et président de la FFAO (Fédération Francophone des Amis de l’Orgue) n’avait vraiment peur de rien…
En 1988 l’idée d’organiser un « brain-storming » avec pour thème une réflexion sur les options pour  une éventuelle restauration du grand orgue de la cathédrale de Nantes, déjà restauré une quinzaine d’années auparavant et sauvé des flammes juste après, lors de l’incendie de la toiture de la cathédrale le 28 janvier 1972 était pour le moins audacieuse…

Eh non, ça n'est pas Notre-Dame de Paris ! c'est la cathédrale de Nantes le 28 janvier 1972.
            Ce fut pourtant chose faite lors du symposium international du 9 juillet 1989 à Nantes,
« Le devenir de l’orgue de la cathédrale de Nantes ». 
La liste des facteurs d’orgues qui ont contribué à cette journée montre à quel point cette idée a suscité un véritable intérêt.

Liste de interventions


          
       Au-delà du sujet proposé, cette réunion a été l’occasion pour chacun d’exprimer sa propre personnalité.

            Pour préparer cette réunion, le pasteur Vallotton nous avait chargés Philippe Hartmann et moi-même de produire une étude historique et technique sur l’instrument afin d’en faciliter l’abord aux participants.
            Nous avons effectué ce travail fin 1988, séparément, puis ensemble, et à la fin d’une dernière nuit passée dans l’instrument en décembre 1988, un accord vite expédié des anches, comme seul Philippe Hartmann savait le faire, nous a permis de profiter du Grand Jeu de Clicquot… certes un peu dispersé dans le buffet, mais, qu’on en juge :
- Bombarde :
Bombarde, Trompette, Clairon
- Grand Orgue :
1ère Trompette  2ème Trompette, Clairon, Cornet
- Positif :
Trompette, Clairon, Cornet
- Pédale :
Bombarde, Trompette, Clairon
… un grand moment
(Photo diocèse de Nantes 18 07 2020)
       L’émotion causée par la destruction du grand orgue dans l’incendie de samedi 18 juillet 2020 nous a rappelé le souvenir de Félix Moreau, de Joseph Bureau, qui nous avaient accueillis si amicalement, et le concert donné la veille du symposium par Marie-Thérèse Jehan et Félix Moreau ...
         
      Puisque de grandes déclarations n’ont pas manqué immédiatement de promettre une prompte reconstruction, j’ai sorti de mes archives le
rapport que j’ai écrit en 1988-89,… au cas où ça pourrait être utile…
SYNTHESE 1989
 Ce n’est qu’une étude générale, et j’espère que depuis, un facteur d’orgue a effectué des mesures précises et complètes de la tuyauterie, en particulier de ce formidable chœur d’anches de Clicquot…

Pierre Marie Guéritey 20/07/2020

26 juin 2020

Guillaume Mourez et l’orgue de Pesmes



L'orgue de Pesmes, Guillaume Mourez 1727 (P.M. Guéritey 2016)
 Charles-Joseph Riepp n’a probablement jamais rencontré Guillaume Mourez… Il a seulement transporté en 1744 au prieuré bénédictin de Mont-Roland près de Dole, l’orgue que Mourez avait construit en 1707 pour les Dames d’Ounans de Dole, qu’il a remplacé par un orgue neuf.
Mourez, né à Dole, organiste et facteur d’orgues à Auxonne, avait déposé un devis en 1720 pour réparer l’ancien orgue de la Collégiale Notre-Dame de Dole, mais quand la décision a enfin été prise de construire un nouvel orgue, personne ne s’en souvenait et Mourez était mort à Auxonne depuis plusieurs années.
Un seul orgue témoigne encore (après bien des vicissitudes) de l’art de Guillaume Mourez. C’est l’orgue de l’église Saint-Hilaire de Pesmes.

Quelques notes pour l' histoire de L'orgue de Pesmes (P.M. Guéritey juin 2020), 
ci-dessous : 
Il faut y aller, aussi bien pour l’instrument que pour l’église qui le contient et le village de Pesmes, à découvrir absolument :
Pesmes (Haute-Saône), dessin (Source : Gallica)

Pesmes, Eglise Saint-Hilaire, Chapelle d'Andelot




25 mai 2020

Joseph Dietsch : facteur d’orgues, marchand de meubles et chercheur …




J
oseph Dietsch (°Dijon, 18 novembre 1818-†15 septembre 1890), dans un ouvrage resté manuscrit[1], a donné, le premier, des renseignements précis sur les frères Riepp et les Callinet…

            Joseph Dietsch, est le frère cadet de [Pierre] Louis Dietsch (Dijon, 17 mars 1808 – † Paris, 20 février 1865). Ce dernier, chef des chœurs, puis chef d’orchestre de l’opéra de Paris, fut aussi un compositeur reconnu de musique religieuse, maître de chapelle à Saint-Paul Saint-Louis, à Saint-Eustache, à Saint-Roch et à l’église de la Madeleine[2]. Leur père, Gotthold Dietsch (Apolda[3] 24 juillet 1782 – † Dijon 15 novembre 1867), était installé comme fabricant de bas, puis tailleur d’habits et fripier, à Dijon, dans le quartier de l’église Notre-Dame[4].
            Joseph Dietsch s’est intéressé très jeune à la facture d’instruments. Il avoue avoir commencé à travailler avec l’organiste de la cathédrale : Jacques-Reine Paris, esprit curieux et inventif, qui avait créé à la maîtrise une fabrique pour produire un instrument qu’il avait inventé. En 1832, Joseph Dietsch, âgé de 14 ans, aide Joseph Delor dans son travail de relevage du grand orgue de Saint-Bénigne[5]. Quelques années plus tard, c’est probablement son frère et Félix Danjou qui l’ont incité à partir à Paris « Au mois d’Août 1836, Danjou et mon frère, en allant visiter l’orgue de Fribourg récemment construit, passèrent par Dijon où ils demeurèrent quelques jours (ma connaissance avec Danjou date de là) ». Il va donc à Paris et apprend le métier de facteur d’orgues auprès de Louis Callinet. Il dit avoir travaillé au total 12 ans, avec Louis Callinet d’abord, puis, à partir de 1839, chez Daublaine-Callinet où il était chargé principalement des tournées d’entretien et d’accords[6]. Il a donc beaucoup voyagé et vu beaucoup d’orgues, en France, en Algérie, et à l’étranger à l’occasion de ces tournées.
            Il participe à la restauration du grand orgue de Saint-Bénigne par Ducroquet, successeur de Daublaine-Callinet. 
Joseph Dietsch a gravé son nom sur la balustrade de la tribune du grand orgue de Saint-Bénigne de Dijon
Celle-ci s’achève en juin 1848. La révolution de février 1848 ayant asséché le carnet de commandes de la maison Ducroquet, il décide de rester à Dijon. Début 1849, domicilié chez son père, rue Notre-Dame, il fait les accords des orgues en Bourgogne et Franche-Comté pour Ducroquet, et cherche des travaux sur place, proposant notamment, en mai 1849, ses services à Saint-Jean-de-Losne, pour un relevage[7].
            En septembre 1849, il épouse la fille d’un marchand de meubles dijonnais[8]. Pour occuper ses loisirs, il construit un petit orgue qu’il parvient à placer à la chapelle de l’hôpital en 1852[9], alors qu’il a déjà abandonné le métier de facteur d’orgues pour reprendre l’affaire de ses beaux-parents.
Ce petit instrument, sans tuyaux de montre parlants (ils sont en bois, recouverts de papier d’étain) a été construit en 1848-49 avec les débris de l’ancien orgue de Saint-Bénigne qui venait d’être terminé. Les quatre grands sommiers du grand orgue, en superbe bois de chêne, après avoir été démontés m’ont suffi pour faire le sommier, le soufflet et le mécanisme. Les tuyaux d’étain et ceux qui sont en étoffe sont d’anciens tuyaux de Saint-Bénigne réajustés, réparés diapasonnés et remis en harmonie. Il n’y a de neuf que le clavier, les tuyaux en bois, le hautbois et le jeu d’Euphone à anches libres. Je l’ai vendu à l’Hôpital le 14 mars 1852 moyennant la somme de 3000 Fr. […] l’orgue n’a qu’un seul clavier de 54 touches -4 octaves ½ - le pédalier en tirasse a 18 touches. En voici la composition : Flûte de 8 pieds – Bourdon de 8 p. – Prestant – flûte de 4 p. – Dessus de doublette – basse de doublette, dessus de Hautbois – basse d’Euphone. En tout 6 jeux, 8 registres[10].
            Pour les raisons qu’on lira ci-dessous, bien dans le goût de l’époque, ce petit orgue reçoit un bon accueil de la part des organistes dijonnais, dont la presse locale se fait l’écho :
Nous étions conviés avec quelques personnes favorisées à entendre l’essai d’un orgue que l’hôpital vient d’acquérir d’un facteur de notre ville, M. Dietsch.
Cet instrument est remarquable par une grande pureté de son, une égalité parfaite dans les différents jeux qui le composent. Ce qu’il y a de plus remarquable dans cet instrument, c’est un jeu d’Euphone, jeu moderne, dont le timbre ne ressemble en rien aux clairons ni aux trompettes des anciennes orgues, un jeu à anches libres dont la sonorité charme l’oreille, et qui se trouve tellement en rapport avec le vaisseau de la chapelle qu’on le croirait fait exprès. La continuation de ce jeu est un hautbois d’une qualité de son parfaite. En somme, cet instrument fait le plus grand honneur à M. Dietsch, et il est regrettable que ce jeune facteur ait renoncé à une carrière où de grands succès l’attendaient.
L’instrument que nous avons entendu n’occupe point encore la place qui lui est destinée ; le buffet manque encore.
Le croquis du buffet dessiné par M. l’architecte Petit nous a semblé s’harmoniser parfaitement avec le style de la chapelle.
Plusieurs artistes dijonnais ont essayé l’orgue de M. Dietsch, et M. Grognet [sic] organiste de Saint-Michel en a surtout fait sentir toutes les beautés par la distinction avec laquelle il a touché plusieurs charmants morceaux[11]
            D’autres journaux ayant malencontreusement, à cette occasion, présenté Joseph Dietsch comme « l’élève de son frère, facteur d’orgues à Paris » ! une mise au point, publiée la semaine suivante, nous renseigne exactement sur sa situation début 1852 :
La réception du charmant orgue dont M. Dietsch a enrichi la chapelle de l’hôpital de Dijon est déjà un fait un peu vieux sur lequel nous avons cependant quelques mots à dire, afin de couper court à toutes les équivoques, dont le but, à coup sûr n’est pas la bienveillance.
M. Dietsch, qu’il ne faut pas confondre avec son frère, l’habile artiste, élève de notre maîtrise (dans le bon temps), chef des chœurs de l’opéra et compositeur, qui occupe un des premiers rangs pour la musique sacrée. M. Dietsch auteur de l’orgue en question a occupé pendant 8 à 10 ans le rang de contre-maître dans la maison Daublaine et Callinet, un des deux plus importants ateliers de facture d’orgue. Cet artiste n’eut jamais quitté le rang honorable qu’il occupait dans cette maison et des occupations qui étaient si bien dans ses goûts, sans la catastrophe de février.
Il revint à la fin de 1848 dans sa ville natale et l’instrument dont il est question est le fruit de ses loisirs forcés. Depuis lors, M. Dietsch est à la tête d’un commerce d’ébénisterie ; mais il n’a pas dit pour cela son dernier mot comme facteur d’orgues[12].
            Toujours intéressé par tout ce qui touche à l’orgue et la musique, Joseph Dietsch reste en relations avec son frère, bien sûr, avec lequel il correspond beaucoup, et qu’il va voir souvent à Paris[13], avec l’Abbé Schwach directeur de la maîtrise de la cathédrale de Dijon, avec Félix Danjou et avec son « savant ami M. l’Abbé Ply », il suit les travaux de restauration de l’orgue de Saint-Bénigne par Merklin en 1860. Il dit avoir été sollicité ensuite pour entrer à la direction de la Société Anonyme, lors du départ de Joseph Merklin :
(p.320)
(152) J’ai grâce à Dieu, depuis ma sortie de la maison conservé soit avec elle, soit avec ceux qui lui ont succédé les plus amicales relations. Vers 1872, Mr. Merklin (qui avait repris la suite de Mr. Ducroquet, mon dernier patron, s’est séparé de la Société anonyme pour la fabrication des grandes orgues : cette société, dont il était l’âme, s’est trouvée désorganisée. A la tête d’une entreprise artistique comme une fabrique d’orgues, il faut un nom connu, ce nom, Merklin l’avait, comme avant lui l’avaient eu la Maison Daublaine-Callinet, Danjou, Barker et Ducroquet. La Société Anonyme restait donc avec ce seul titre par trop anonyme. Au moment de la dissolution, elle me dépêcha Charles Vervoitte [14], qui lui portait encore un vif intérêt. Il avait mission de m’engager à apporter peut-être moins ma personnalité que le nom de mon frère dans cette affaire. Dietsch est un nom dans le clergé et dans le monde artistique, surtout celui qui s’occupe de musique religieuse. On m’offrait une position, une sorte de gérance, on aurait voulu en invoquant mon ancien séjour dans cette maison mettre le nom de mon frère en vedette. J’aurais eu à m’occuper non d’un travail manuel, mais des affaires générales de la facture. De plus on m’offrait sans que j’eusse aucune mise de fonds à apporter de bons appointements, un appartement dans la maison etc..etc… Vervoitte en mon absence, sollicitait ma femme et mes enfants pour qu’ils me décident à accepter. Mais, non, j’avais quitté depuis trois ou quatre ans mon commerce, je désirais depuis si longtemps me reposer, vivre modestement et tranquillement pour moi et les miens : rien ne put me séduire et me faire abandonner mon pays natal, et j’ai toujours répondu non, non. Je n’ai pas eu à le regretter, malgré les chagrins de famille qui m’ont accablé depuis cette époque. Quelques temps après, la maison a quitté Paris pour aller se fixer à Bruxelles.
            En effet, après la mort de son frère le 20 février 1865, et de son père le 15 novembre 1867[15], Joseph Dietsch, retiré de son commerce de meubles, et installé 34, rue Saint-Pierre (aujourd’hui rue Pasteur), a encore eu à déplorer le décès de sa mère, le 3 juillet 1873, à 90 ans, à l’Hôpital de Dijon[16], et surtout, de son fils Denis, âgé de 23 ans, le 27 octobre 1874[17] et de sa fille cadette Georgette, à 18 ans, le 10 avril 1877[18].
            On le consulte pour les affaires d’orgues dans la région : le 6 septembre 1880, avec Joseph Wackenthaler organiste de la cathédrale de Dijon, Stephen Morelot et Verschneider organiste de la métropole de Besançon, il fait partie de la commission de réception du relevage de l’orgue de Dole par Ghys[19], il suit encore la reconstruction des orgues de Saint-Michel de Dijon par le même Ghys et en 1884 il participe à la réception de l’instrument.
            Enfin - et c’est ce qui lui vaut aujourd’hui la reconnaissance des chercheurs -  à la fin de sa vie, il se consacre aux recherches historiques sur les orgues de Dijon et de la Côte d’Or. Il publie en 1884 une étude très documentée sur la musique à la Sainte-Chapelle de Dijon[20] et consigne ses souvenirs et l’ensemble des résultats de ses recherches dans un manuscrit de presque 400 pages achevé en 1888 : Dijon, les orgues, les organiers, 1427-1887.

            En plus des informations de première main qu’il a collectées comme facteur d’orgues à partir des années 1837, et qu’il a pu obtenir aussi auprès de son frère, Joseph Dietsch a découvert et transcrit, dans les fonds d’archives départementales, municipales et paroissiales, nombre de documents sur les orgues de Dijon et de la Côte d’Or avant, pendant, et après la Révolution. Grâce aux contacts qu’il a noués avec le P. Kuhn d’Ottobeuren, il a écrit la première biographie de Charles-Joseph Riepp, dont il a exploré aussi la descendance française.
            Si Joseph Dietsch manifeste une admiration sans borne pour son maître Louis Callinet, il reste très neutre vis-à-vis des Callinet de Rouffach : il était acquis aux idées de Félix Danjou et zélateur de la maison parisienne pour laquelle il a travaillé.
            C’est le patriotisme bourguignon qui l’incite à parler des Callinet de Rouffach, dont il précise les origines en Côte-d’Or à Ladoix-Serrigny. Il reconnaît qu’ils ont construit beaucoup d’orgues, mais n’a finalement pas beaucoup d’estime pour leur travail.
            Plusieurs de ses informations sur les Callinet ne sont pas exactes et certaines ont été rectifiées par des travaux ultérieurs, mais il était leur contemporain, et ses écrits, mis à part quelques erreurs et imprécisions, contiennent l’essentiel des connaissances utilisées, aujourd’hui encore, sur leurs origines et plusieurs de leurs travaux hors d’Alsace. A ce titre, il est utile de relire ces textes, en les plaçant dans le contexte de l’époque.
Jacques Gardien a largement puisé dans ce manuscrit[21]. Son ouvrage a été - notamment pour P. Meyer-Siat[22]-, la source principale des informations sur les origines des Callinet.



                                                             


[1]. Joseph Dietsch, Dijon, les orgues, les organiers, 1427-1887, (1888) Bib. Mun Dijon, ms 1818. [MSJD]
[2]. Cf. Vincent Morel, Inventaire des compositeurs bourguignons xix-xxe siècle, mission d'étude réalisée pour Musique Danse Bourgogne, 2008.
[3]. En Saxe, près de Weimar. Venu à Dijon en 1806, il avait épousé une Dijonnaise : Jeanne Bachellier, le 19 août 1807. Archives départementales de la Côte d’Or : AD21 État Civil Dijon 5Mi 9R 142.
[4] Cf. Pierre Marie Guéritey, « Les Callinet et leur œuvre hors d’Alsace (1) », Revue Historique de l’Orgue en Alsace n°3, 2010, p. 33-36.
[5]. [MSJD] p. 128, l’instrument inventé par Paris était un hautbois à clavier qu’il avait fait breveter sous le nom d’hamoniphone. Cf. aussi : Pierre Marie Guéritey, Le grand orgue de la cathédrale Saint-Bénigne de Dijon : 1745-1995, Dijon : Euromuses et AOCD, 1995, 158 pages, ill.. Page 63 note 7.
Joseph Dietsch indique aussi que Joseph Delor avait collaboré avec Joseph Callinet pour les travaux effectués aux orgues de Saint-Michel et Notre-Dame de Dijon.
[6]. [MSJD] p. 139.
[7]. Arch. Mun. de Saint-Jean-de-Losne 1M24 : visite de l’orgue le 30 avril et devis du 1er mai 1849, qui ne sera pas accepté. L’orgue de Saint-Jean-de-Losne sera relevé en 1852 par Rothé.
[8]. AD21 Etat-civil Dijon 5 Mi 9 R 220. Le 12 septembre 1849, il épouse Madeleine Favotte, fille d’un marchand de meubles, domicilié 9, rue Verrerie. En mai 1851, il effectue encore des tournées d’accords pour Ducroquet dans le Jura et la Saône et Loire, et il aurait continué aussi à entretenir l’orgue de Saint-Bénigne si le conseil de fabrique n’en avait décidé autrement.
[9]. Cet orgue a disparu depuis longtemps.
[10]. [MSJD] p. 208.
[11]. Journal « L’Union Bourguignonne » du 10 mars 1852, l’article a été écrit par Grogney lui-même.
[12]. Ibid. 17 mars 1852.
[13]Charles Poisot, Notice sur Louis Dietsch, lue à l’Académie de Dijon, le 31 janvier 1877, Dijon : Lamarche, 1877, 71p.
[14]. Alors maître de chapelle de l’église Saint-Roch à Paris, inspecteur des orgues et des maîtrises.
[15] Dijon, Etat civil AD21 2 E 239/309.
[16]. Dijon, Etat civil AD21 2 E 239/328.
[17]. Dijon, Etat civil AD21 2E 239/331.
[18]. Dijon, Etat civil AD21 2E 239/340.
[19]Pierre Marie Guéritey, Les organistes de Dole de la construction du grand orgue par Riepp à la fin du Concordat, Université Lyon II, mémoire de DEA, 1981, et aussi : Pierre Marie Guéritey, Karl Joseph Riepp et l’orgue de Dole, thèse de doctorat en musicologie soutenue devant l’université Lyon II, dir. Daniel Paquette, 15 juin 1985, Bron, impr. Ferréol, 1985, 2 vol., 649 p., ill., planches ; p. 379.
[20]. Joseph Dietsch, « Souvenirs de la Sainte-Chapelle du Roy : les maîtres de chapelle, les organistes », Bulletin d'histoire et d'archéologie religieuses du diocèse de Dijon, 1884, pp. 31-36 & 76-81. Eugène Fyot a largement profité de cette publication pour son article « la Maîtrise de la Sainte Chapelle à Dijon » (Revue de Bourgogne, vol VIII, pp. 44-52).
[21].Jacques Gardien, L’orgue et les organistes en Bourgogne et en Franche-Comté au dix-huitième siècle, Paris: Librairie E. Droz, 1943, 577 p.
Evidemment, Jacques Gardien, qui a révélé un nombre très important de documents inédits, ne s’est pas contenté de recopier le manuscrit de Dietsch ! Mais il y fait souvent explicitement ou implicitement référence. J’en parle ici librement, car j’ai aussi beaucoup utilisé ce manuscrit pour mes recherches sur les orgues en Bourgogne, dès le début des années 1980, et j’estime qu’il est juste de parler ici un peu de Joseph Dietsch, un des premiers explorateurs des archives pour les orgues…
[22]. Meyer-Siat, Pie, Les Callinet facteurs d’orgues à Rouffach et leur œuvre en Alsace, Strasbourg : librairie Istra, 1965, 457 pages, ill.